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Raid à ski - Trois jours en étoile en Vanoise

Dernière mise à jour : 22 mars 2023


Au col du Génépy, avec la Crète de l'Argentine

Mardi matin, rendez-vous 9h à Pralognan-la-Vanoise. Après avoir récupéré les splitboards en magasin, l'habituel café pour mieux faire connaissance, nous faisons une dernière revue du matériel et des sacs pour ces 3 jours, et remontons le plateau en direction de la vallée de Chavière.

Guillaume, Roméo, Quentin et Max sont 4 amis de 29/30 ans, originaires de Caen. Très rapidement le feeling est bon, et la motivation à partir plusieurs jours remonte vite au contact de cette bonne équipe, malgré la fatigue de la saison qui commence à s'installer. Le ciel est au grand beau, la météo est annoncée bonne pour les 3 jours, le risque avalanche bas. Et nous sommes à la maison ! Que demander de plus ?

Nous passons le hameau de Cholière en discutant, un des quatres s'avère être un bon grimpeur. Nous remontons la vallée sans la voir passer, en échangeant sur notre activité favorite, nos entraînements, nos spots préférés...



Arrivés au niveau des Prioux, nous remontons rive droite les pentes ouest à travers les arcosses, itinéraire classique de montée vers le Pommier Blanc et le Roc du Blanchon. Dans la montée, la vallée s'ouvre et les sommets alentours se dévoilent à nos yeux. Le roc de la Valette avec sa face sud découpée au couteau, massive et dominante. Nos yeux s'attachent aux parois ensoleillées où sont tracées les grandes voies les plus dures de la vallée. Je n'y suis encore jamais allé, j'aimerais rapidement remédier à ce manquement. Plus à l'est, le Dôme des Nants avec les langues glaciaires de la calotte des Glaciers de la Vanoise domine le cirque éponyme. Sur l'autre versant, le Petit Mont Blanc, sommet arrondi aux flancs ravinés. Curiosité géologique, ce sommet tout de gypse est le témoin d'un ancien dépôt de sels sur le fond marin, à l'époque où les Alpes n'existaient pas, lorsque les roches sédimentaires tapissaient le plancher océanique. Au nord du Petit Mont Blanc, l'Aiguille de Mey et les Rochers de Plassa, contreforts du massif de la Portetta, atypique aussi, constitué de dolomie et rappelant étonnamment les tours élancées et les canyons des Dolomites de Cortina ou du Val di Fassa. En regardant plus au sud cette fois, le Roc de la Pêche - nous reviendrons sur le nom plus tard - puis enfin Peclet-Polset, sommet bicéphale comprenant l'Aiguille de Peclet et le Dôme de Polset, desquels descend le glacier de Gebroulaz.

Nous finissons la montée, dans un paysage de carte postale. Les pentes immaculées tranchent sous le ciel bleu et le soleil de mars. Les skieurs ont signé les pentes de multiples godilles, laissant présager une super descente.

Après une courte pause pique-nique au Béverier, nous reprenons la montée. Tous dans le groupe ne sont pas encore de parfaits afficionados de la randonnée à ski. Certains découvrent le matériel, et un n'a jamais fait de randonnée. Ajoutons à cela le poids des sacs, assez rapidement la fatigue se fait sentir. Nous laissons Max et Guillaume au chalet Clou, au soleil pour une sieste, et reprenons avec Roméo et Quentin la trace vers le Roc du Blanchon. Nous finissons la montée, dans un paysage de carte postale. Les pentes immaculées tranchent sous le ciel bleu et le soleil de mars. Les skieurs ont signé les pentes de multiples godilles, laissant présager une super descente. Au nord dans le prolongement de la vallée, le Beaufortain apparaît derrière le Mont Jovet, avec la Pierre Menta qui se dresse fièrement à gauche du Roignais. Le sommet du Mont Blanc fait une apparition furtive derrière le Roc de la Valette.



Nous opérons les manips d'usage, se rhabiller, enlever les peaux, passer le split en snow, puis filons rejoindre nos deux compagnons endormis. La descente est exceptionnelle, poudreuse sur fond dur, le soleil et le vent des derniers jours n'ont pas encore transformé la neige. Nous récupérerons Max et Guillaume puis finissons la descente vers Montaimont, passons le pont au fond de la gorge et remontons en 5mn au refuge du Roc de la Pêche où nous guettent Thierry et Carole, toujours attentifs à ce que leurs groupes arrivent bien.

Niché au fond de la vallée de Chavière, le refuge est un parfait avant-poste pour atteindre le Col Rouge, le Dôme de Polset, le cirque du Génépy et de Rosoire, donnant accès sur l'autre versant à la Maurienne, au refuge d'Aussois et de la Dent Parrachée.

Le Roc de la Pêche domine le refuge à l'ouest, et a baptisé le refuge. C'est une mauvaise traduction du patois local et des cartes Sardes, lors de l'annexion à la France, qui a conduit à son nom évoquant le fruit. Il semblerait plutôt que la Pèche faisait référence à la forêt d'épicéa, la Pessière, qui se trouvait là au 12eme siècle lorsque les moines cisterciens vinrent s'installer dans la vallée, déboisèrent les alpages et construisirent leur monastère en lieu et place du refuge actuel. Restauré, il accueille maintenant les skieurs l'hiver et randonneurs l'été.




Au fil des virages peignés dans le beau manteau neigeux, nous perdons vite de l'altitude, et voyons les centaines de mètres si chèrement gravis bien plus rapidement défiler dans ce sens. Mais les beaux itinéraires, les paysages cachés et cette neige unique sont le trésor gardé des randonneurs, et l'effort nécessaire à l'ascension est aussi ce qui donne cette saveur spéciale à la descente, lorsque l'on sait qu'elle nous est réservée.

Mercredi, départ vers 9h du refuge pour le col du Génépy en passant par son versant sud. Nous remontons la vallée jusqu'à Ritord, face au Dôme de Polset flamboyant au soleil levant. Nous traversons au point puis nous élevons rapidement de 200m en remontant une pente raide parsemée d'arcosses, au dessus des chalets. La pente m'inspire guère confiance, et c'est uniquement parce que le manteau semble stable que nous l'empruntons. Quelques boulettes témoignent d'anciennes avalanches dans les goulets, et les chalets construits au pied sont néanmoins enterrés, toiture à niveau du sol pour laisser glisser par dessus les coulées, qui plus est construit pour l'un derrière un énorme bloc et renforcé en amont d'épais paravalanches de pierre. Un itinéraire à préférer donc par grande stabilité, et encore mieux, à la descente.

Une fois passé ce raidillon, nous quittons l'ombre et les pentes pour un beau vallon ensoleillé qui remonte tranquillement sous la crête de l'Argentine vers le glacier de Rosoire. Dans ce vallon se transformant en cirque, plein sud, la chaleur est intense avec le soleil se réverbérant sur la neige. La montée jusqu'au col, à 2901m est donc un véritable effort pour les 3 splitboarders, qui découvrent leur matériel et l'activité. Mais progressivement l'objectif se rapproche et bientôt nous sommes au pied de la pente finale, raide mais qui a déjà eu le temps de décailler, rendant les dernières conversions plus faciles dans une trace bien marquée.



L'arrivée au col tranche avec la montée qui le précède. Nous quittons la fournaise ensoleillée et basculons dans le cirque du Génépy face nord. Un magnifique panorama se révèle, au sud la Meije, au nord le Beaufortain et le Mont Blanc. Un énorme cairn marque le point haut, nous faisons la manip et entamons la récompense de la journée, une superbe descente dans une neige poudreuse, pour le plus grand bonheur des snowboardeurs. Au fil des virages peignés dans le beau manteau neigeux, nous perdons vite de l'altitude, et voyons les centaines de mètres si chèrement gravis bien plus rapidement défiler dans ce sens. Mais les beaux itinéraires, les paysages cachés et cette neige unique sont le trésor gardé des randonneurs, et l'effort nécessaire à l'ascension est aussi ce qui donne cette saveur unique à la descente, lorsque l'on sait qu'elle nous est réservée.



De retour au refuge, l'après midi est consacrée à une formation de base à l'utilisation du DVA, puis au perfectionnement de nos stratégies au tarot et à la coinche. Dernière soirée ici, déconnectés du réseau mais reconnectés aux essentiels : une bonne compagnie, quelques jeux de cartes et des lectures au salon. Demain nous retournerons en vallée pour une dernière journée de ski, dans un paysage tout à fait différent.


Les tours calcaires s'élancent majestueusement vers le ciel, entrecoupées de brèches et failles, dominant la vallée et prenant racine dans la forêt dessous.

Jeudi nous chaussons les skis au refuge et redescendons la vallée en passant les Prioux, le pont de Gerlon et Cholière. Derrière le verrou glaciaire boisé devant lequel est construit ce dernier hameau, comme une barrière à l'avancée de la société, nous retrouvons l'agitation matinale de la station de ski au plateau de ski de fond. Nous attrapons un pain beaufort/lardon et un pain chocolat blanc chacun - testé et approuvé - puis nous équipons pour la montée. Nous empruntons la corniche depuis le Plan, avec pour objectif la combe du Biol. L'itinéraire nous laissera de multiples possibilités en fonction de la forme de chacun. Col de Napremont, la Montagne, pied de la Brèche Portetta ou col du Biol, nous verrons sur le moment. Contrairement aux jours précédents, où, partant de 2000m nous étions immédiatement à l'étage alpin avec une végétation raze et souvent complètement recouverte par le manteau neigeux, nous montons là par une route forestière tranquille au coeur d'une belle forêt d'épicéa. Au fur et à mesure de notre montée, la route laissant place à un sentier, la forêt s'éclaircit et devient bois de boulots, d'arcosses puis de nouveau nous retrouvons les grandes étendues blanches dégarnies au pied du massif de la Portetta. Comme dit plus tôt, les tours calcaires dolomitiques s'élancent majestueusement vers le ciel, entrecoupées de brèches et failles, dominant la vallée et prenant racine dans la forêt dessous.



Dans notre dos, au fur et à mesure de notre montée nous apparaissent l'Aiguille de la Vanoise, dorsale reptilienne scindant la vallée en deux, la grande Glière, le Grand Bec et bien sur la Grande Casse. À son pied, au nord, le col de la Grande Casse fait penser à la brèche de la Meije, passage alpin, raide et resserré donnant accès à la vallée de Champagny. Au sud du village, le surplombant, les immenses murailles de l'Arcelin, du Dard, du Grand Marchet et du Roc de la Valette donnent à la calotte glaciaire des Glaciers de la Vanoise, à 3000m, l'aspect d'un bastion imprenable. Seule faille visible dans cette forteresse, la pointe de la Réchasse au nord-est des glaciers, accessible depuis le refuge de la Vanoise par une pente régulière.


La montée passe vite, plus régulière et moins technique que les jours précédents. Le soleil chauffe, à un seul passage nous devons accélérer pour passer rapidement sans arrêt sous les pentes ensoleillées depuis tôt le matin. Finalement nous sommes au pied de la combe du Biol et remontons en direction du pied de la Brèche Portetta. Plus nous approchons plus celle ci se dévoile à nous. Cachée depuis la vallée par son orientation oblique, une grande faille dans la roche d'une dizaine de mètres de large en son sommet tranche sur le ciel bleu. Nous ne sommes plus que 3, nous avons laissé Max et Guillaume plus bas sous un rocher. Nous nous contentons de cette vue et arrêtons là la montée. Nous redescendons dans une bonne neige la portion qui nous sépare de nos compagnons.Une fois le pique-nique précédemment cité englouti, nous profitons de cette ultime descente, dans une large combe au début puis dans un système de couloir légèrement boisés. Orientées au nord/nord-est, les pentes ont gardé une neige fraîche et poudreuse sur fond dur, tout le monde apprécie pleinement cette dernière descente.


Fin du séjour au hameau de la Croix, au pied de notre dernière randonnée, par une bière au chalet !


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