top of page

Escalade "terrain d'aventure" et courses d'arêtes dans le massif du Caroux

Etonnant massif du Caroux, rustique et sauvage, aux granit et gneiss des contreforts des Cévennes. Loin des alpes et des sommets pris par les neiges et les nuages, les gorges d'Héric résonnent des noms des montagnards du 20ème siècle. Même le grand Desmaison y est venu signer une fissure au Minaret. Non loin de Bézier, les montagnes de l'Hérault sont baignées de douceur. Nous y profitons de cet agréable climat printanier. Le soleil gorge de sucre les Syrah, Grenache et Mourvèdre de Saint-Chinian. Nous irons en déguster les vins au caveau, entre deux courses d'arête. Venus pour 4 jours d'escalade trad, nos yeux sont rivés sur les Aiguilles de Rieutord, sur la rive gauche. Aujourd'hui, sur une des premières falaises de la vallée, nous sortons toute la quincaillerie pour une entrée en matière dans le monde du terrain d'aventure. Ici, les fissures dictent la voie et la progression. Nos friends, coinceurs et ballnuts viennent se frotter à la rugosité des cristaux du gneiss pour espérer y constituer une protection fiable. Libérés des lignes de spits, nous lisons la paroi pour y tracer notre voie.



"Une belle arête variée sur du très beau rocher. Les pas durs ou expos sont équipés mais les relais sont à construire". Une très bel itinéraire pour ce second jour, et pas si court. Nous avons découvert la puissance de la Tramontane ce jour là, qui nous a secoué sur ce pilier à l'ombre.



Mercredi, partis pour l'arête sud-ouest de l'Aiguille Déplasse, les gars se trompent dans l'approche et nous arrivons au pied de l'arête des Charbonniers. Petit point collectif, il est encore tôt, nous décidons donc de tenter cette première partie, qui précède l'ascension de la Déplasse dans "le plus long et plus bel enchaînement du massif". L'enchaînement intégral était un objectif ambitieux pour notre équipe. Nous arrivons vers 15h au sommet du Grépon, après 7h de remontée d' arête sans pause. Nous aurions pu poursuivre l'ascension, continuer jusqu'au sommet des aiguilles de Rieutord, finir les longueurs et terminer à la nuit. Il y aurait eu un côté vaillant et "jusqu'auboutiste", mais à quel prix ? Le plaisir de la journée en aurait pris un grand coup. Terminant sur un point d'orgue au bout du rasoir du Grépon des Charbonniers, nous avons préféré finir tranquillement la journée autour d'une dégustation de vins de Saint-Chinian, en reportant au lendemain la suite de l'aventure.



Aujourd'hui, en reprenant le sentier raide repéré la veille à la descente, nous gravissons l'esthétique, compacte et élancée arête sud-ouest de l'Aiguille Déplasse. La voie tient ses promesses, l'itinéraire est évident, le rocher sain, compact et beau. Au sommet du pilier, l'arête se couche, dévoilant au nord les hauts plateaux. Curiosité géologique et topographique, les seuls reliefs alentours sont sous nos pieds, patiemment creusé par le torrent dans les contreforts des Cévennes, depuis des millions d'années. Regarder au fond des gorges d'Héric, c'est comme voyager dans le temps. Les roches sur lesquelles nous grimpons sont issues de la chaîne hercynienne, ancienne haute chaîne de montagne dont il ne reste que des vestiges dispersés dans le monde.

La première ascension connue date de 1937 par Azéma, Niel, Roucaché. Des alpinistes qui me sont inconnus au prime abord. Qui sont ils ? D'obscurs grimpeurs de la région ? En cherchant plus, je découvre que Viallat, Déplasse et Godefroy (les trois Aiguilles de Rieutor) sont les noms de leurs premiers ascensionistes entre 1911 et 1919. Mais le vrai moteur de l'exploration et de l'ouverture des voies dans le Caroux, c'est le docteur Antonin Azéma, du CAF Béziers-Caroux. Glaciériste doué, il pratiquait la montagne avec le guide Armand Charlet. Puis c'est avec le rochassier virtuose Georges Fraissinet qu'il forme une cordée haute en couleur. A eux deux, ils vont ouvrir plusieurs voies difficiles pour l'époque, qui restent des références dans le massif. Plus à l'est, derrière Montpellier, ils vont notamment marquer l'histoire de l'alpinisme à l'Hortus en 1947... en grimpant en libre le premier V+ de France, que l'on coterait volontier 6b aujourd'hui. Respect. C'est vertigineux, au coeur de ce massif dont je ne savais que vaguement qu'il existait et où il était, ce sont en fait entraînés de grands noms de l'alpinisme ! Plus haut, je parlais aussi de Desmaison...

Nous nous tenons, satisfaits, au sommet de la Godefroy, avec une vue plongeante sur les gorges et les arêtes gravies. Je suis fier de mes trois compagnons de cordée : Antoine, Léo, Thomas. Je les ai vu progresser en quatre jours d'escalade intensive. Pose de protections, relais, gestion de la corde, lecture de la voie, chaque itinéraire les a bousculé, poussé à progresser, et ils ont su élever leur niveau de jour en jour. Bravo à eux !




102 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout
bottom of page